L’histoire

Arrivé à Québec en 1665, l’Intendant Jean Talon acheta de la veuve Couillard, en 1668, le terrain sur lequel se trouve l’actuel îlot des Palais. Il décida en premier lieu de poursuivre les activités de construction navale qui avaient été entreprises vers 1650 et, en 1668, c’est une brasserie qu’il construisait au pied de la Côte du Palais et plus tard une fabrique de potasse afin de répondre aux besoins qu’éprouvait l’industrie du savon et du verre à Paris. Avec la construction navale et la brasserie, débute l’histoire de ce quartier situé au bas de la Côte du Palais.

Malgré que l’intention de produire de la bière avait pour but d’empêcher les capitaux de partir à l’extérieur de la colonie, l’échec fut constaté après cinq ans d’opération et la brasserie abandonnée fut transformée en un « palais » pour les besoins de l’intendant en poste à Québec. Aux abords du palais apparurent de petites rues où s’établirent des gens de métier. À la fin du XVIIe siècle, on parlait du « faubourg du Palais », mais surtout du « faubourg Saint-Nicolas ». Avec la mise en valeur des sites des palais de l’Intendant et les travaux de restauration des maisons des petites rues avoisinantes durant les années 1980, on en vint à utiliser le nom de lieu « îlot des Palais » et « îlot Saint-Nicolas » pour désigner cette partie de la basse ville. De secteurs délabrés qu’ils étaient dans les années 1960 et 1970, les deux îlots et leurs abords sont devenus de nos jours des secteurs intéressants à visiter et de plus en plus de citoyens y élisent résidence.

L’ÎLOT DES PALAIS

L’îlot des Palais désigne les anciens terrains où les intendants de la Nouvelle-France, qui s’occupaient de justice et du commerce de la colonie, avaient élu résidence à proximité de la voie navigable à l’embouchure de la rivière Saint-Charles. Trois palais se sont succédés en ce lieu de pouvoir. Le premier palais, aménagé à partir de la  brasserie construite par Talon mais abandonnée cinq ans plus tard, vit la première rencontre du Conseil souverain en 1683. Ce premier palais, dont la façade donnait sur la rivière, fut la proie des flammes sur les petites heures du matin lors d’une nuit venteuse de janvier 1713. Quelques personnes y ont perdu la vie et, dès l’année suivante, un deuxième palais fut érigé plus au nord à l’emplacement exact de ce qui est aujourd’hui communément connu comme les Voûtes Jean-Talon. Ces voûtes sont en fait, les caves voûtées de ce deuxième palais . D’après les plans de l’époque, ce lieu servait à différentes fonctions administratives et, dans une partie qui se trouve présentement sous la rue Des Prairies, nos recherches archéologiques ont permis d’en identifier les cuisines.

L’intendance de la Nouvelle-France

L’intendant Jean Talon séjourna à Québec de 1665 à 1668 et de 1670 à 1672. De remarquables intendants y résidèrent par la suite et virent au développement de la ville et de la colonie. S’il n’avait point le prestige du gouverneur, l’intendant était toutefois très influent. Il voyait à tous les aspects de l’administration civile et ses ordonnances étaient lues à haute voix par le crieur public. Talon laissa le souvenir d’un « incomparable intendant », comme l’écrivit l’annaliste de l’Hôtel-Dieu.

À la fin du Régime français, dans un style d’administration bien différent de celui de Talon, l’intendant François Bigot souleva l’ire de la population par ses malversations. Emprisonné à la Bastille en 1761, il fut banni à perpétuité de la France et mourut en Suisse en 1778. Pour les Québécois, les ruines du palais de l’Intendant furent longtemps liées à Bigot, le dernier intendant, dont les principales réalisations ne sont pas sans nous rappeler les pièges de la corruption qui guettent le pouvoir.

Au premier quart du XVIIIe siècle, la colonie commençait à connaître un certain succès et, après l’incendie destructeur de 1713, l’intendant Bégon profita de l’occasion pour faire  ériger un second palais digne de sa fonction et du pouvoir qui lui était associé. L’édifice voyait maintenant sa façade tournée vers le Sud, c’est-à-dire vers la ville, et un chemin pavé le reliait au Château Saint-Louis, demeure du gouverneur, dont les vestiges sont situés sous l’actuelle Terrasse Dufferin. Malgré sa splendeur le deuxième palais fut  aussi victime d’un incendie en 1725. Un troisième palais fut alors reconstruit, sur les murs et les voûtes encore debout, par Chaussegros de Léry, ingénieur du roi. Cette fois, des mesures furent mises en place pour offrir une meilleure protection contre le feu.

Le palais, ayant survécu à la guerre de la Conquête, devint un refuge pour les envahisseurs américains en 1775. Pour les déloger, les troupes britanniques pilonnèrent le palais dont les vestiges, illustrés par George Hériot, furent  identifiés par les archéologues.

Les voûtes actuelles du second et du troisième palais subsistent toujours. Ce sont les plus grandes voûtes du Régime français encore visibles à Québec et ces espaces furent longtemps utilisés par la brasserie de Joseph Knight Boswell qui acheta le terrain en 1853. Boswell, un Irlandais originaire de Dublin qui avait appris son métier de brasseur à Édimbourg en Écosse, transforma son entreprise en une véritable brasserie industrielle. Il y fit construire de  nombreux bâtiments dont certains de cette époque révolue sont encore debout : l’entrepôt frigorifique ainsi que le garage situé du côté ouest de la rue Vallière. Cette grande brasserie, devenue la brasserie Dow en 1952, cessa ses activités en 1968 et ses installations furent démolies en 1971.

Dans les voûtes du 18e siècle, une nouvelle exposition immersive intitulée «L’Îlot des Palais : Révélations » nous transporte au cœur de la vie trépidante de ce site historique et archéologique exceptionnel. L’histoire de la ville depuis le XVIIe siècle est racontée grâce aux milliers d’artefacts mise au jour depuis 1982.